ACCORD CANADA-ONTARIO CONCERNANT L'ÉCOSYSTEME DU BASSIN DU GRANDS LACS
Il suffit de fermer la porte au nez d'un produit
chimique toxique pour s'apercevoir qu'on a laissé
la fenêtre ouverte pour un autre. L'air pollué, dont
une bonne partie est portée par les vents du sud qui franchissent la
frontière canadienne, est en voie de devenir l'une des voies d'entrée
les plus importantes des contaminants nocifs dans le bassin des
Grands Lacs. Jusqu'à 90 p. 100 de certains polluants organiques
persistants (POP) sont déposés dans les lacs à partir de
l'atmosphère. À leur tour, les Grands Lacs peuvent aussi être un
réservoir de produits chimiques depuis longtemps interdits tels
que les BPC, qui sont remis en circulation par « dégazage ».
Bon nombre de ces contaminants sont volatils; ils peuvent
s'évaporer si les conditions météorologiques sont propices. Ils ont
tendance à s'accumuler dans les tissus adipeux du corps.
Demeurant dans l'environnement durant des années ou des
décennies, ils constituent un risque important pour la santé des
personnes et des animaux qui habitent le bassin. La réduction des
émissions de polluants nocifs sera l'un des points de mire du
nouvel Accord Canada-Ontario concernant l'écosystème du bassin
des Grands Lacs (ACO).
Avant que les gouvernements du Canada et de l'Ontario n'arrivent
à les tarir, ces sources de polluants doivent tout d'abord être
cernées. Le Réseau de mesure des dépôts atmosphériques (RIDA) a
été créé en 1992 par les gouvernements du Canada et des États-Unis,
en vertu de l'Accord relatif à la qualité de l'eau dans les
Grands Lacs, pour surveiller l'air et les précipitations dans le
bassin. Il existe maintenant une station principale du RIDA sur
chacun des Grands Lacs, entourée d'une série de stations satellites.
«Le nombre dépend des questions scientifiques auxquelles nous
cherchons à répondre et de ce que les autres organismes
accomplissent dans le bassin », dit Keith Puckett, Ph.D.,
gestionnaire du RIDA pour Environnement Canada.
Le RIDA surveille actuellement une vingtaine de polluants
atmosphériques ou classes de polluants, y compris une variété de
BPC, une sélection d'hydrocarbures aromatiques polycycliques
(HAP) et d'autres produits de combustion, et environ une douzaine
de pesticides prioritaires tels que le DDT, l'hexachlorobenzène et le
toxaphène. Cette année, le RIDA élargira son réseau de surveillance
pour y inclure le mercure. (suite)
« Nous allons savoir quelle distance les polluants atmosphériques de
la ville franchissent sur l'eau... »
«Essentiellement, nous voulons connaître la quantité de chaque
produit chimique qui tombe dans chacun des Grands Lacs, explique
M. Puckett. Nous voulons aussi déterminer les quantités qui
proviennent de sources locales dans le bassin des Grands Lacs et les
quantités qui viennent de sources continentales ou mondiales, à
l'extérieur du bassin. » Cette ventilation variera pour chaque
produit chimique et pour chaque lac. Par exemple, de 30 à 40 p. 100
des dioxines et furannes qui tombent dans les Grands Lacs sont émis
par des sources locales. Par contre, presque tout le toxaphène, un
pesticide maintenant interdit qui était largement utilisé dans les
champs de coton du sud des États-Unis, vient de l'extérieur de la
région, porté par les vents.
Mais tant que l'analyse ne sera pas achevée, il sera difficile de chiffrer
précisément les contributions relatives, dit M. Puckett. « Nous
savons que, dans l'ensemble, les dépôts atmosphériques dominent
les charges de polluants (de polluants organiques persistants)
provenant de sources tant ponctuelles que diffuses. » Cela est
particulièrement vrai dans les Grands Lacs supérieurs. Lorsqu'on
arrive dans les bassins hydrographiques des lacs Érié et Ontario, avec
leur agriculture intensive et leur forte concentration urbaine,
« d'autres facteurs deviennent significatifs », dit M. Puckett.
Dans l'ombre toxique de la ville.
Les villes peuvent mener la vie dure aux lacs. On a déployé beaucoup
d'efforts pour maîtriser les eaux usées, les effluents industriels et le
ruissellement urbain. Le temps est venu de porter plus d'attention à
la pollution de l'air engendrée par les cheminées des centrales
électriques, les chaudières des usines, les appareils de chauffage
domestiques et les foyers, et les millions de tuyaux d'échappement
qui crachent la fumée des automobiles, des camions et des autobus.
Chacun ajoute à l'atmosphère sa part de particules et de suie, de gaz
acides, d'hydrocarbures non brûlés et de composés producteurs de
smog. Une partie de cette pollution aboutit dans le lac.
Les États-Unis ont effectué une étude approfondie de surveillance et
de modélisation de l'air pour déterminer les répercussions de la
pollution atmosphérique de Chicago sur les Grands Lacs. « Ils ont
constaté que la ville contribuait considérablement à la
contamination de l'extrémité sud du lac Michigan, dit M. Puckett.
Nous espérons faire la même étude à Toronto. » Dans le cadre de
l'Initiative de recherche sur les substances toxiques du gouvernement
fédéral, on suivra le cheminement vers le lac Ontario des pesticides,
des BPC et des produits de combustion de Toronto et de la région.
Des stations d'échantillonnage ont été installées dans la ville, audessus
de la ville et dans l'ombre de la ville. Un laboratoire à
l'Université de Toronto regorge de matériel d'échantillonnage de
l'air et d'autres instruments de surveillance pour obtenir une
perspective sur la pollution au niveau du sol. La face latérale de
l'immense tour du CN est munie d'une série d'appareils
d'échantillonnage passif qui permettent d'obtenir un instantané du
profil de contamination à mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère.
Et au milieu du lac flotte une bouée de 12 mètres qui mesure les
mêmes produits chimiques que dans l'air. « Nous allons savoir
quelle distance les polluants atmosphériques de la ville franchissent
sur l'eau, dit M. Puckett. Nous saurons bientôt quelle proportion du
lac Ontario se trouve à portée de la pollution atmosphérique de
Toronto. »
L'effet sauterelle
Ce n'est pas toute la pollution atmosphérique qui prend son origine
si près de chez nous. Malgré les mesures décisives prises pour
interdire bon nombre des pesticides les plus persistants au cours des
années 1970 et 1980, un certain nombre de ces produits chimiques
toxiques se sont réfugiés dans les tropiques. Dans de nombreux pays
de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud, on utilise encore
couramment certains pesticides tels que le DDT.
Ces composés volatils peuvent s'évaporer dans l'air et être
transportés par le vent sur des distances de quelques centaines de
kilomètres vers le nord avant de retomber au sol dans les pluies.
Lorsque le soleil les assèche, ils poursuivent le voyage dans une
série de sauts de moyenne distance avant de retomber quelque
part dans le bassin des Grands Lacs pour un autre arrêt. C'est ce
qu'on a appelé l'« effet sauterelle »; c'est l'une des raisons pour
lesquelles les produits chimiques interdits au Canada il y a plus de
20 ans continuent de se retrouver dans les Grands Lacs.
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Une partie de la charge de contaminants est « perdue » en cours de
route, déposée dans les sédiments, absorbée par la végétation ou
reprise par les algues au bas de la chaîne alimentaire aquatique. Le
contaminant amorce alors un autre long périple, passant par bioaccumulation
dans le zooplancton et les petits invertébrés, dans les
poissons appâts et dans les plus grands poissons gibiers et, à terme,
dans le corps des aigles, des ours, des bélugas et des autres
mammifères, y compris l'Homo sapiens qui consomme une belle
pièce de poisson pour souper.
Le plomb, le cadmium et certains autres contaminants ne font qu'un
arrêt. Une fois déposés dans un lac, ils ont tendance à demeurer dans
cet écosystème. Les composés organiques volatils tels que le DDT
font plusieurs sauts et aiment profiter des courants atmosphériques
qui soufflent vers le nord durant les mois d'été. Ils continuent de
cheminer vers le nord jusqu'à ce que les températures froides
perturbent le cycle d'évaporation et qu'ils se retrouvent piégés dans
le Grand Nord.
Exporter notre propre pollution
Il n'existe que trois grands mécanismes pour transformer la
pollution de l'air en pollution de l'eau : les dépôts humides, les
dépôts secs et les échanges de gaz. Certains contaminants sont lavés
facilement du ciel par la pluie, la brume et la neige. Dans le cas des
dépôts secs, de petites particules aéroportées flottent vers la surface
du lac et y déposent leurs polluants. Enfin, des niveaux élevés de gaz
polluants dans l'atmosphère empruntent le gradient de
concentration vers le bas pour se dissoudre dans l'eau.
...nous voulons connaître la quantité de chaque produit chimique qui tombe dans chacun des Grands Lacs.
Ce dernier mécanisme, soit l'échange de gaz, est un processus
réversible, fait remarquer Keith Puckett. Selon les conditions
atmosphériques, les BPC et d'autres polluants peuvent se
« dégazer » du lac, ce qu'ils font effectivement. « Considérez le lac
comme un poumon géant qui aspire de l'air pollué depuis 50 ans »,
dit M. Puckett. Maintenant que les niveaux atmosphériques de bon
nombre de ces polluants sont tombés sous le point d'équilibre, « le
poumon commence à expirer », dit-il.
Tous les pesticides interdits dans notre bassin atmosphérique ne
sont pas importés du sud. Ces produits chimiques persistants ont été
homologués au Canada pendant de nombreuses années et leurs
résidus toxiques perdurent encore. Perturbez le sol de nombreux
vergers et fermes du bassin des Grands Lacs et si les conditions
d'humidité et de température sont propices vous pourrez mesurer
le dégazage du DDT, du chlordane et d'autres fantômes toxiques du
passé. Les composés organiques volatils s'échappent aussi des lieux
d'enfouissement abandonnés et des décharges qui entourent les
anciennes usines.
Des études plus poussées révéleront peut-être que les lacs sont un
réservoir toxique important de pesticides, de BPC et de
méthylmercure en route vers l'Arctique pour s'accumuler dans les
tissus adipeux des ours blancs, des phoques, des poissons et des
Inuits qui les consomment.
Assainir l'air en vertu de l'ACO
Les gouvernements du Canada et de l'Ontario poursuivront les
travaux de recherche, de surveillance et de modélisation nécessaires
pour mieux comprendre le transport à courte et à longue distance
de polluants atmosphériques entrant et sortant du bassin des
Grands Lacs. En vertu du nouvel ACO, on fera appel à la
collaboration pour lutter contre les polluants atmosphériques et
opérer des réductions considérables de l'utilisation, de la
production et de l'émission de ces contaminants.
Le plan d'action pour l'assainissement de l'air du gouvernement du Canada
Une série de nouvelles mesures réglementaires imposeront
des normes anti-pollution plus rigoureuses pour les
automobiles et les camions, et réduiront les niveaux de
contaminants dans le carburant. De nouvelles mesures
seront aussi prises pour réduire les émissions industrielles
responsables du smog, améliorer le réseau pancanadien de
stations d'analyse des polluants et élargir les exigences de
production de rapports publics par l'industrie sur ces
émissions polluantes. Ces mesures viendront compléter les
initiatives pancanadiennes antérieures visant à mieux
contrôler l'ozone, les particules, les composés organiques
volatils et les autres principaux composants du smog. Le
gouvernement du Canada a été le chef de file de la
campagne internationale pour réduire les rejets de
polluants organiques persistants (POP), qui a abouti à la
signature de la Convention de Stockholm en mai 2001.
Toutes ces initiatives favoriseront la poursuite des buts de
l'ACO en abaissant les charges de polluants nocifs qui se
retrouvent dans les lacs.
Pour de plus amples renseignements sur les efforts
déployés par le Canada pour assainir l'air, rendez-vous au
site Web d'Environnement Canada à
www.ec.gc.ca/air/introduction_f.cfm
Les données réunies par le Réseau canado-américain de mesure
des dépôts atmosphériques ont joué un rôle décisif lorsqu'est
venu le temps de réunir des appuis à la Convention de
Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP), signée
en mai 2001. Cet accord international permettra de réduire ou
d'éliminer les 12 substances toxiques les plus nocives,
notamment les BPC, le DDT, les dioxines et les furannes.
Le programme Air pur Ontario lutte contre le smog
En raison de l'usure, d'un mauvais entretien ou de
trafiquage, un moteur peut commencer à produire plus de
pollution après quelque temps. Air pur Ontario est un
programme obligatoire d'inspection et d'entretien qui vise
à repérer les véhicules qui ne satisfont plus à des normes
acceptables d'émission et à veiller à ce qu'on prenne les
mesures correctrices qui s'imposent. Les automobiles et
camions légers doivent faire l'objet de vérifications dans
une installation autorisée tous les deux ans, tandis que les
véhicules lourds et les autobus doivent faire l'objet de
vérifications annuelles. En outre, la patrouille mobile anti-smog
de la province effectue des vérifications routières
ponctuelles des véhicules soupçonnés de pollution. Tout
véhicule qui rejette des émissions visibles excessives peut
faire l'objet d'une contravention. Lorsque le programme
sera pleinement opérationnel, Air pur Ontario devrait
permettre de réduire d'environ 22 p. 100 la pollution
productrice de smog par les automobiles et les camions
tout en réduisant les émissions de particules et de
contaminants à l'état de trace. Ces réductions favoriseront
la poursuite des buts de l'ACO en diminuant les charges de
polluants nocifs dans les lacs.
Pour de plus amples renseignements sur le programme Air
pur Ontario et d'autres programmes provinciaux
d'assainissement de l'air, rendez-vous au site Web du
ministère de l'Environnement à : www.ene.gov.on.ca
Pour en savoir davantage sur lACO et les PA, veuillez communiquer avec :