ACCORD CANADA-ONTARIO CONCERNANT L'ÉCOSYSTEME DU BASSIN DU GRANDS LACS
Le mercure est un élément présent dans la
nature, quoique relativement rare il compose
moins de 0,00001 p. 100 de la croûte terrestre et ne se
trouverait normalement que dans des dépôts profonds de roches
métallifères. De la moitié aux deux tiers environ du mercure
mobile disponible biologiquement et susceptible d'être mesuré
dans l'environnement est le produit d'une forme ou l'autre
d'activité humaine. L'humanité continue d'extraire cette
neurotoxine du sol, élément trace dans de nombreux minerais et
dépôts de charbon, et de la remettre en circulation.
L' Accord Canada-Ontario concernant l'écosystème du bassin des
Grands Lacs (ACO) de 1994 prévoyait des mesures de lutte contre la
pollution par le mercure; les gouvernements des deux côtés de la
frontière ont adopté une position ferme pour minimiser son
utilisation et son rejet. L'ACO de 1994 a permis de réduire de
quelque 74 p. 100 (par rapport à l'année de référence 1988) les
rejets de mercure dans les Grands Lacs.
Les principaux progrès sont attribuables au fait que les fabricants
ont réduit radicalement les quantités de mercure rajoutées à de
nombreuses peintures comme agent antisalissure, tandis que
l'utilisation de myxobactéricides et de fongicides au mercure a été
essentiellement éliminée. Ces produits servaient à traiter les billes à
pâte entreposées dans l'eau, et à empêcher le mildiou et les
moisissures de gâcher les semences ou d'endommager les verts des
parcours de golf. Les rejets annuels de mercure dans les Grands
Lacs sont passés de plus de 14 000 kilogrammes par année à un peu
moins de 3 000 kilogrammes.
Bien que beaucoup ait été accompli, nous pouvons en faire encore bien davantage pour prévenir la contamination au mercure.
La pollution au mercure est un problème planétaire
Malgré ces mesures, d'importantes quantités de mercure
s'échappent encore des cheminées des centrales thermiques au
charbon, des incinérateurs, des cimenteries et des aciéries en raison
des combustibles qu'ils utilisent. Une fois dans l'air, les composés au
mercure peuvent être transportés par les vents dominants à des
centaines de kilomètres sur le continent à la fois vers le nord à
partir des États-Unis et vers le sud à partir du Canada avant de
retomber au sol ou d'être lavés du ciel par les pluies, quelque part
sur le bassin des Grands Lacs.
«Le dépôt atmosphérique est maintenant la principale source de
mercure dans les lacs, le sol et la végétation, » selon Ian Smith, du
ministère de l'Environnement de l'Ontario. « Et les principales
causes sont la combustion du charbon, non seulement au Canada
mais aussi aux États-Unis, en Russie et en Chine, ainsi que la
poursuite de l'utilisation du mercure dans certains produits.
«S'il y a du mercure dans l'air, il aboutit dans un lac. Et s'il est dans
le lac, une partie se retrouve dans le poisson », dit Ian Smith. Bien
que le mercure puisse être emprisonné dans les sédiments, il peut
aussi être libéré par des processus biologiques tels que la
méthylation et la bio-amplification. Les chercheurs ont découvert il
y a plus de 20 ans que le mercure est un élément naturel toxique.
Malgré les réductions des utilisations et des rejets, les gens doivent
être avertis et tenir compte des avis sur la consommation de poisson,
principale source de mercure pour la plupart des gens.
Nous utilisons encore le mercure
Bien que les grandes cheminées industrielles soient responsables de
près de la moitié des rejets de mercure dans l'environnement à
chaque année, elles ne sont pas les seules sources. Le mercure est un
métal unique : liquide à la température de la pièce, il s'étend et se
contracte de façon égale à mesure que la température change; c'est
un excellent conducteur électrique et il se combine facilement à
d'autres métaux. En raison de ses propriétés inhabituelles, il a été
utilisé dans une foule d'instruments hospitaliers, d'amalgames
dentaires, de procédés industriels et de produits de consommation
populaires tels que les batteries, les thermomètres, les détecteurs de
fumée, les lampes fluorescentes, les lampes à décharge à haute
intensité, les commutateurs, les thermostats et de nombreux
dispositifs électroniques.
Utilisés comme il se doit, ces produits ne devraient poser aucune
menace immédiate à la santé. Mais lorsqu'ils sont usés ou brisés et
mis au rebut, « la plupart aboutissent dans le flux des déchets
municipaux et sont acheminés par camion vers un lieu
d'enfouissement », dit Ian Smith. Peut-être, si vous habitez aux
États-Unis où l'incinération est beaucoup plus répandue qu'au
Canada, aboutiront-ils dans un incinérateur.
Un ACO renouvelé comprendra des mesures pour réduire encore
davantage l'utilisation et le rejet du mercure dans l'environnement.
On recourra aux produits de subsitution, aux combustibles de
remplacement, aux technologies d'assainissement et aux capacités
de surveillance améliorées, à l'expansion des programmes de
recyclage, à la mise hors service des sources actuelles, à
l'assainissement des sédiments contaminés et à l'élimination des
problèmes historiques de contamination », affirme Krauel. Il sera
essentiel d'instaurer des programmes de coopération avec
l'entreprise, l'industrie et les groupes communautaires locaux pour
que ces efforts portent fruit.
Le programme « Switch Out » du projet OERM
Le projet Objectif : élimination et réduction de mercure (OERM) est
le premier programme exclusivement canadien consacré au retrait
et à la récupération des commutateurs au mercure des vieux
camions et des vieilles voitures avant le recyclage. L'industrie, le
gouvernement et les groupes environnementaux se concertent pour
créer un processus efficace, rentable et durable afin de récupérer au
moins 85 p. 100 des commutateurs au mercure des véhicules.
Les commutateurs au mercure sont encore utilisés dans l'éclairage
sous le capot et dans le coffre, dans les freins antiblocage, dans les
lampes à décharge et dans les écrans de navigation. Le commutateur
d'automobile moyen contient un gramme de mercure, ce qui
signifie qu'environ 5,3 tonnes de mercure circulent actuellement sur
les routes de l'Ontario.
«Les fabricants ont beaucoup fait pour réduire l'utilisation de
mercure dans les commutateurs, dit Bob Krauel, d'Environnement
Canada. Ils se sont engagés à mettre un terme à l'utilisation du
mercure dans les lumières de capot et de coffre d'ici 2004. » Cette
seule disposition devrait éliminer plus de la moitié du mercure encore
utilisé dans les commutateurs d'automobiles, puisque les dispositifs
de freinage antiblocage peuvent contenir plusieurs commutateurs.
Dans le cadre d'un projet pilote de six mois, les vieux commutateurs
au mercure sont retirés et recueillis sur une base volontaire chez 11
démanteleurs automobiles du sud de l'Ontario. « Il est facile de
repérer et de retirer les commutateurs dans les parcs à ferraille, dit
Bob Krauel. La clé sera de déterminer le coût complet du
programme de collecte et ensuite de trouver des partenaires
intéressés à poursuivre la démarche. »
Si le programme pilote est fructueux, le système de collecte sera
étendu à l'ensemble de l'Ontario et à d'autres provinces, dans le but
de couvrir l'ensemble du Canada d'ici deux à trois ans.
Pollution Probe s'est associée à l'Ontario Power Generation, au
ministère de l'Environnement de l'Ontario et à Environnement
Canada pour exécuter la première phase du programme. Le projet
OERM a aussi obtenu l'appui d'intervenants industriels clés tels que
l'Ontario Automotive Recyclers Association (qui exécute la phase
pilote), l'Association canadienne des constructeurs de véhicules, les
marchands de ferraille automobile et les recycleurs d'acier, et
plusieurs entreprises du secteur privé. « C'est un bel exemple de
partenariat productif », dit M. Krauel.
Le mercure, un vrai casse-tête dans le nord
La contamination au mercure suscite de graves préoccupations
partout dans le bassin des Grands Lacs, mais elle est
particulièrement préoccupante dans le nord. Les habitants de la
région au nord du lac Supérieur consomment beaucoup de poissons
frais, et bon nombre de ces poissons viennent de lacs du Bouclier
canadien où le mercure a tendance à s'accumuler dans le poisson.
On estime que plus de 1 200 kilogrammes de mercure, provenant
d'une foule de sources, sont déposés sur et dans le bassin du lac
Supérieur chaque année, la plupart sous forme de pluie.
Il faudra des efforts concertés des trois ordres de gouvernement,
surtout pour réduire le transport à longue distance à partir d'autres
pays, ainsi que du travail intensif sur le terrain au niveau
communautaire pour réduire ces niveaux de mercure. EcoSuperior,
à Thunder Bay, en Ontario, est un autre organisme communautaire
sans but lucratif qui peut livrer un élément clé d'un effort global à
l'échelon local.
Le programme « Merc-Divert Superior », d'EcoSuperior, a fait porter
ses efforts sur le captage et le détournement du mercure contenu
dans certains produits de consommation tels que les piles
miniatures, les lampes fluorescentes et les thermostats.
Le programme est maintenant en vigueur à Thunder Bay, à Sault
Ste. Marie et à Marathon.
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Le programme des piles miniatures est appuyé par la Fondation
ontarienne de régénération des Grands Lacs, de concert avec
Thunder Bay 2002, les ministères de l'Environnement (MEO) et des
Richesses naturelles de l'Ontario, et Environnement Canada. À ce
jour, environ 45 kilogrammes de piles miniatures ont été détournés.
«Le programme de piles nous a permis de mettre un pied dans la
porte », dit Jim Bailey, coordonnateur de la prévention de la
pollution, chez EcoSuperior. Sur le plan technique, les vieilles piles
au mercure sont classées comme des déchets dangereux par le MEO.
«Nous avons pu établir à la fois une relation de coopération et un
ensemble de conditions avec le MEO pour nous permettre de
recueillir les piles, d'expliquer M. Bailey. Nous avons pu recourir à
ces mêmes conditions pour mettre en place d'autres programmes
pour empêcher beaucoup plus de mercure d'être acheminé dans les
lieux d'enfouissement. »
Bien que beaucoup ait été accompli, nous pouvons en faire encore
bien davantage pour prévenir la contamination au mercure. « Nous
devons sensibiliser davantage le public aux risques du mercure et aux
solutions de rechange disponibles, dit Bob Krauel, d'Environnement
Canada. Nous devons collaborer étroitement avec les collectivités,
l'industrie et les gouvernements pour améliorer le recyclage et
accroître l'élimination sécuritaire des produits contenant du
mercure. » Grâce au leadership de groupes tels qu'EcoSuperior et de
l'équipe de Pollution Probe qui a conçu le programme MERC, la
pollution au mercure pourrait un jour n'être qu'un accident de
parcours dans l'histoire environnementale de la province.
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Conseils sur les poissons!
Malgré certaines réussites notables dans l'assainissement de
bon nombre des plus importantes sources de pollution au
mercure, les niveaux résiduels dans l'environnement
continuent de contaminer la chaîne alimentaire, en raison de la
persistance du mercure. Au cours des dernières années, la
contamination au mercure a été responsable de 20 p. 100 des
avis sur la consommation de poisson émis pour le lac
Supérieur, de 25 p. 100 pour le lac Ontario, de 35 p. 100 pour le
lac Érié, de 48 p. 100 pour le lac Huron et de 99 p. 100 pour les
lacs intérieurs de l'Ontario. En fait, les niveaux élevés de
mercure qu'on trouve dans le poisson des rivières Sainte-Claire
et Détroit ont, à l'origine, motivé l'Ontario à lancer ces
programmes de surveillance du poisson et de consommation
du poisson gibier. Les données les plus à jour sur les niveaux de
mercure se trouvent dans le Guide sur la consommation du
poisson gibier en Ontario, publié tous les deux ans par le
ministère de l'Environnement.
Pour en savoir davantage sur lACO et les PA, veuillez communiquer avec :